exhibition

CHONGQING/Regard sur la ville contemporaine chinoise
EXHIBITION in LA GALERIE BLANCHE UNITE D’HABITATION LE CORBUSIER, Briey, FRANCE.

9 mars - 18 mai 2007

Frédéric André_NEO-NOTHING POST-EVERYTHING
Maxime Laurent _ASHES TO ASHES
Joseph Abram_Curator

Scenography : F. André, M. Laurent, Vincent Dietsch and Steve Vitale
vitale-design
(association) la premiere rue

Chongqing / regard sur la ville chinoise contemporaine

«Une ville, déclarait en 1994 Rem Koolhaas, est un espace investi de la façon la plus efficace possible par des individus et des processus. La plupart du temps, la présence de l’histoire ne contribue qu’à diminuer sa performance…». (1) Cette réflexion lucide pourrait s’appliquer à la ville chinoise en général, et à Chongqing en particulier. Située au centre de la Chine, à la confluence du fleuve Yang-tse kiang et de la rivière Jialing, cette cité s’est édifiée sur un relief escarpé, ce qui lui vaut l’appellation de «ville d’eau et de montagnes». Elle est connue aussi comme la «capitale brumeuse», dissimulée dans le brouillard 104 jours par an, et comme l’une des «trois fournaises» de la Chine en été (43°C à l’ombre relevés en 1953). La municipalité de Chongqing compte 31 millions d’habitants pour un territoire de 82400 km2, ce qui équivaut, tant en population qu’en superficie, à deux fois les Pays-Bas. (2) Bien sûr, ces chiffres ne correspondent pas à la ville elle-même, mais à son assiette administrative. Chongqing est en réalité une région, à la fois urbaine et rurale, dont près d’un tiers de la population vit encore à la campagne. L’agglomération proprement dite regroupe quatre millions d’habitants sur un territoire de 650 km2. Dans quinze ans, elle atteindra sept millions d’habitants. Cette croissance spectaculaire renvoie au développement économique de la Chine, à la pression continue de sa démographie, mais aussi à la conjonction de facteurs politiques spécifiques. Chongqing, avec Pékin, Shangaï et Tianjin, figure parmi les quatre municipalités chinoises dépendant directement du Gouvernement central. Celui-ci lui a récemment décerné le titre de «pôle de développement de l’Ouest de la Chine», avec la mission de rééquilibrer le pays face au dynamisme des villes de l’Est. Au regard de sa situation géographique, en amont du chantier titanesque du barrage des Trois Gorges, elle a été désignée comme «ville d’accueil» pour un million de villageois prochainement chassés de leurs champs et de leurs maisons par la mise en eau du barrage.

L’épopée urbaine de Chongqing est à l’image de la Chine contemporaine. Elle incarne aussi cette formidable compression de l’espace et du temps que connaît à présent l’humanité entière. Dans l’ouvrage collectif intitulé Mutations (qui réunit des textes de Rem Koolhaas, de Stephano Boeri, Sanford Kwinter, Nadia Tazi, Hans Ulrich Obrist), sont évoquées, à partir de slogans issus des statistiques du Global Urban Observatory, les conditions d’accélération de l’urbanisation de la planète : «En 1950, seules New-York et Londres avaient plus de huit millions d’habitants. Aujourd’hui, il existe vingt-deux mégapoles». «Sur les trente-trois mégapoles annoncées pour 2015, vingt-sept seront situées dans les pays les moins développés, dont dix-neuf en Asie». (3) Dans La ville générique, Rem Koolhaas avait tenté de déduire, dès 1994, les conséquences culturelles ultimes de cette urbanisation massive. «Admettons que l’identité dérive de l’aspect matériel, de l’histoire, du contexte, du réel. Nous avons du mal à imaginer que ce qui est contemporain – et que nous produisons – contribue à une identité. Pourtant l’humanité connaît une croissance exponentielle. Si bien que le passé finira un jour par devenir trop petit pour être habité et partagé par les vivants. Nous-mêmes en accélérons l’usure. Admettons que l’architecture soit un dépôt de l’histoire. Un jour ou l’autre, inéluctablement, cet avoir-là éclatera sous la masse humaine et finira par s’appauvrir. Concevoir l’identité sous cette forme de partage du passé est une attitude vouée à l’échec». (4) Face à ce mode d’existence du présent de la ville, il faut inventer des formes nouvelles de résistance et de perception.

« Dans chaque contexte, la couleur apparaît différente ; il y a un nouveau rapport à expérimenter. On vit une couleur différemment selon ses relations avec d’autres couleurs. On ne choisit pas une couleur comme on choisit un objet. Dans ma démarche, cette attitude reste un élément essentiel. L’expérience faite sur la couleur à l’exposition au musée d’Utrecht fut, à ce point de vue, également importante. Je suis partie d’une donnée très objective : les couleurs fondamentales utilisées par Rietveld, j’ai poussé le rouge vers le bleu, et d’autre part le rouge vers le jaune. Cela m’a permis d’arriver à un jaune pur. Je vais vers une saturation maximale dans chaque couleur, mais je le fais dans le cadre d’une expérience progressive et en la confrontant avec d’autres couleurs, ou éventuellement avec la matière du support lui-même » ? (2).

Frédéric André et Maxime Laurent ont vécu plusieurs mois à Chongqing, cette ville en pleine expansion qui déploie, sans états d’âme, son puissant dynamisme économique. Ils ont travaillé au PBA Gan Chuan architects, agence à très haut rendement qui fabrique aujourd’hui, selon des modèles et des processus efficients, et à des rythmes vertigineux, inconcevables en Europe, la ville contemporaine chinoise. Ils ont occupé à tour de rôle - Frédéric André en 2003, Maxime Laurent en 2004 - une place déterminée dans un système de production frénétique, contribuant par leur culture technique et par leur savoir-faire à la conception (et à la construction effective) de centaines de milliers de mètres carrés de bâtiments : complexes de bureaux, centres commerciaux, tours d’habitation, équipements culturels… Ils ont découvert une face inconnue de leur futur métier. Ils ont été confrontés aussi, dans leur vie quotidienne au sein de cette mégapole en formation, à une réalité urbaine époustouflante, chaotique en apparence, mais potentiellement acceptable… Avec leurs outils ordinaires d’architecte - plan, coupe, élévation, axonométrie, photographie - ils ont rendu compte, à leur manière, de cette urbanité surréelle, où la tridimensionnalité recèle des trésors d’espaces à explorer. Face au déferlement des images, sur les murs de la ville et dans des projets standardisés, ils ont risqué une approche utopique, imaginant une reconquête de la complexité urbaine à travers une topologie inédite, faite de parcours, de nœuds et de ponts habités... C’est cette approche poétique de Chongqing que nous présentons dans cette exposition(5).

Joseph Abram

1_Rem Koolhaas, «La ville générique», 1994, trad. C. Collet, in Mutations, Actar / Arc en Rêve, Bordeaux, 2001, pp. 721-742.
2_Les informations concernant Chongqing sont issues du travail de Maxime Laurent, Ashes to Ashes, image et représentation de la ville chinoise, école d’architecture de Nancy, 2006.
3_Cf. Mutations, op. cit., pp. 4 et 6
4_Rem Koolhaas, «La ville générique», in Mutations, op. cit., p. 722.
5_Cf. Frédéric André, Néo-Nothing / Post-Everything. Un pont habité sur le Yangtse Kiang, école d’architecture de Nancy, 2005, et Maxime Laurent, Ashes to Ashes, op. cit..

exhibition

CHONGQING/Regard sur la ville contemporaine chinoise
EXHIBITION in LA GALERIE BLANCHE UNITE D’HABITATION LE CORBUSIER, Briey, FRANCE.

9 mars - 18 mai 2007

Frédéric André_NEO-NOTHING POST-EVERYTHING
Maxime Laurent _ASHES TO ASHES
Joseph Abram_Curator

Scenography : F. André, M. Laurent, Vincent Dietsch and Steve Vitale
vitale-design
(association) la premiere rue

Chongqing / regard sur la ville chinoise contemporaine

«Une ville, déclarait en 1994 Rem Koolhaas, est un espace investi de la façon la plus efficace possible par des individus et des processus. La plupart du temps, la présence de l’histoire ne contribue qu’à diminuer sa performance…». (1) Cette réflexion lucide pourrait s’appliquer à la ville chinoise en général, et à Chongqing en particulier. Située au centre de la Chine, à la confluence du fleuve Yang-tse kiang et de la rivière Jialing, cette cité s’est édifiée sur un relief escarpé, ce qui lui vaut l’appellation de «ville d’eau et de montagnes». Elle est connue aussi comme la «capitale brumeuse», dissimulée dans le brouillard 104 jours par an, et comme l’une des «trois fournaises» de la Chine en été (43°C à l’ombre relevés en 1953). La municipalité de Chongqing compte 31 millions d’habitants pour un territoire de 82400 km2, ce qui équivaut, tant en population qu’en superficie, à deux fois les Pays-Bas. (2) Bien sûr, ces chiffres ne correspondent pas à la ville elle-même, mais à son assiette administrative. Chongqing est en réalité une région, à la fois urbaine et rurale, dont près d’un tiers de la population vit encore à la campagne. L’agglomération proprement dite regroupe quatre millions d’habitants sur un territoire de 650 km2. Dans quinze ans, elle atteindra sept millions d’habitants. Cette croissance spectaculaire renvoie au développement économique de la Chine, à la pression continue de sa démographie, mais aussi à la conjonction de facteurs politiques spécifiques. Chongqing, avec Pékin, Shangaï et Tianjin, figure parmi les quatre municipalités chinoises dépendant directement du Gouvernement central. Celui-ci lui a récemment décerné le titre de «pôle de développement de l’Ouest de la Chine», avec la mission de rééquilibrer le pays face au dynamisme des villes de l’Est. Au regard de sa situation géographique, en amont du chantier titanesque du barrage des Trois Gorges, elle a été désignée comme «ville d’accueil» pour un million de villageois prochainement chassés de leurs champs et de leurs maisons par la mise en eau du barrage.

L’épopée urbaine de Chongqing est à l’image de la Chine contemporaine. Elle incarne aussi cette formidable compression de l’espace et du temps que connaît à présent l’humanité entière. Dans l’ouvrage collectif intitulé Mutations (qui réunit des textes de Rem Koolhaas, de Stephano Boeri, Sanford Kwinter, Nadia Tazi, Hans Ulrich Obrist), sont évoquées, à partir de slogans issus des statistiques du Global Urban Observatory, les conditions d’accélération de l’urbanisation de la planète : «En 1950, seules New-York et Londres avaient plus de huit millions d’habitants. Aujourd’hui, il existe vingt-deux mégapoles». «Sur les trente-trois mégapoles annoncées pour 2015, vingt-sept seront situées dans les pays les moins développés, dont dix-neuf en Asie». (3) Dans La ville générique, Rem Koolhaas avait tenté de déduire, dès 1994, les conséquences culturelles ultimes de cette urbanisation massive. «Admettons que l’identité dérive de l’aspect matériel, de l’histoire, du contexte, du réel. Nous avons du mal à imaginer que ce qui est contemporain – et que nous produisons – contribue à une identité. Pourtant l’humanité connaît une croissance exponentielle. Si bien que le passé finira un jour par devenir trop petit pour être habité et partagé par les vivants. Nous-mêmes en accélérons l’usure. Admettons que l’architecture soit un dépôt de l’histoire. Un jour ou l’autre, inéluctablement, cet avoir-là éclatera sous la masse humaine et finira par s’appauvrir. Concevoir l’identité sous cette forme de partage du passé est une attitude vouée à l’échec». (4) Face à ce mode d’existence du présent de la ville, il faut inventer des formes nouvelles de résistance et de perception.

« Dans chaque contexte, la couleur apparaît différente ; il y a un nouveau rapport à expérimenter. On vit une couleur différemment selon ses relations avec d’autres couleurs. On ne choisit pas une couleur comme on choisit un objet. Dans ma démarche, cette attitude reste un élément essentiel. L’expérience faite sur la couleur à l’exposition au musée d’Utrecht fut, à ce point de vue, également importante. Je suis partie d’une donnée très objective : les couleurs fondamentales utilisées par Rietveld, j’ai poussé le rouge vers le bleu, et d’autre part le rouge vers le jaune. Cela m’a permis d’arriver à un jaune pur. Je vais vers une saturation maximale dans chaque couleur, mais je le fais dans le cadre d’une expérience progressive et en la confrontant avec d’autres couleurs, ou éventuellement avec la matière du support lui-même » ? (2).

Frédéric André et Maxime Laurent ont vécu plusieurs mois à Chongqing, cette ville en pleine expansion qui déploie, sans états d’âme, son puissant dynamisme économique. Ils ont travaillé au PBA Gan Chuan architects, agence à très haut rendement qui fabrique aujourd’hui, selon des modèles et des processus efficients, et à des rythmes vertigineux, inconcevables en Europe, la ville contemporaine chinoise. Ils ont occupé à tour de rôle - Frédéric André en 2003, Maxime Laurent en 2004 - une place déterminée dans un système de production frénétique, contribuant par leur culture technique et par leur savoir-faire à la conception (et à la construction effective) de centaines de milliers de mètres carrés de bâtiments : complexes de bureaux, centres commerciaux, tours d’habitation, équipements culturels… Ils ont découvert une face inconnue de leur futur métier. Ils ont été confrontés aussi, dans leur vie quotidienne au sein de cette mégapole en formation, à une réalité urbaine époustouflante, chaotique en apparence, mais potentiellement acceptable… Avec leurs outils ordinaires d’architecte - plan, coupe, élévation, axonométrie, photographie - ils ont rendu compte, à leur manière, de cette urbanité surréelle, où la tridimensionnalité recèle des trésors d’espaces à explorer. Face au déferlement des images, sur les murs de la ville et dans des projets standardisés, ils ont risqué une approche utopique, imaginant une reconquête de la complexité urbaine à travers une topologie inédite, faite de parcours, de nœuds et de ponts habités... C’est cette approche poétique de Chongqing que nous présentons dans cette exposition(5).

Joseph Abram

1_Rem Koolhaas, «La ville générique», 1994, trad. C. Collet, in Mutations, Actar / Arc en Rêve, Bordeaux, 2001, pp. 721-742.
2_Les informations concernant Chongqing sont issues du travail de Maxime Laurent, Ashes to Ashes, image et représentation de la ville chinoise, école d’architecture de Nancy, 2006.
3_Cf. Mutations, op. cit., pp. 4 et 6
4_Rem Koolhaas, «La ville générique», in Mutations, op. cit., p. 722.
5_Cf. Frédéric André, Néo-Nothing / Post-Everything. Un pont habité sur le Yangtse Kiang, école d’architecture de Nancy, 2005, et Maxime Laurent, Ashes to Ashes, op. cit..